Si les années soixante sont une révolution culturelle et spirituelle, l’année 1967, aussi dite ‘Swinging London’ en Angleterre, en est le sommet. On voit apparaître des génies, des précurseurs, des originaux, dans pratiquement tous les domaines artistiques, et plus particulièrement en musique.En effet, si l’Amérique a régné en maître pendant les années cinquante, les Anglais sont bien décidés à rattraper leurs cousins, en s’inspirant du blues et de la country pour certains, du rock&roll pour d’autres, tout en ayant leur propre style.
Londres est en ébullition. La jeunesse féminine, décomplexée et libérée, s’extasie devant des groupes bientôt cultes. En premier lieu, on pense aux Beatles, qui sortent en juin 1967 le prodigieux Sergent Peppers Lonely Hearts Club Band, chef d’œuvre psychédélique, qui sonne le début des conflits au sein du groupe, ceux-là même qui permettront au quatuor de composer ses plus beaux albums, jusqu’en 1970 avec le sublime et intemporel Let It Be. Les Fab Four, pleins d’inspiration, sortent en décembre de la même année un autre grand disque, Magical Mystery Tour, avec, pour citer juste quelques morceaux, I am the Walrus signé Lennon, Strawberry Fields Forever, et Penny Lane.
Mais en 1967, les ‘Scarabées’ ne sont pas les seuls au sommet de leur art. Leurs premiers rivaux sont les Rolling Stones. Quatre gamins de Liverpool contre cinq garçons provocateurs, narcissiques, ambitieux et surtout étonnamment doués. Deux albums sortent l’année du Summer Of Love, Between the Buttons et Their Satanic Majestic Request, avec Ruby Tuesday et She’s A Rainbow, composé par l’angelot Brian Jones.
Durant le Swinging London, la tendance est au psychédélisme. La première personne qui vient à l’esprit est Syd Barrett, accompagné du Pink Floyd. Avec le groupe arrivent de nouvelles couleurs, un son nouveau, des morceaux plus longs et un univers différent. La sortie en août de leur premier album, The Piper At The Gate Of Dawn, enregistré quelques temps plus tôt à Abbey Road, alors que les Beatles enregistraient Sgt Preppers, marque le début du rock psychédélique. Le jeune étudiant en architecture de Cambridge est le créateur de ce nouveau style, et par conséquent son icône et symbole. Et prenant du LSD, Roger Keith Barrett, à présent Syd Barrett, se plonge dans une démence hallucinée, et écrit les morceaux les plus novateurs et invraisemblables, avec des guitares agressives et accrocheuses, des voix planantes, et une dimension féerique. Mais lors des concerts, le dandy, dans un état second, est bien souvent incapable de jouer, ou part dans des improvisations inaudibles et interminables. Roger Waters et ses acolytes essaient de suivre le garçon renfermé, solitaire et difficile qu’est devenu Syd. Mais ce dernier sera exclu du groupe et remplacé par un certain David Gilmour en 1968.
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Dans un registre plus pop, on retrouve les Zombies, avec le splendide Odessey and Oracles, qui sortira l’année suivante, alors que Time Of the Season monte dans les classements. Les compositions de Chris White et Rod Argent font belle alliance avec la voix raffinée de Colin Blunstone. En résulte un album quasi-parfait avec I want her She Wants Me, Changes et beaucoup d’autres. Odessey and Oracle représente la finesse caractéristique de la musique anglaise des années soixante, une dentelle légère et de fil blanc.
Après la sortie de Face to Face en octobre 1966, les Kinks continuent leur voyage à la plus haute altitude. Something Else est une perle entièrement signée du plus âgé des frères Davies, qui obtient par conséquent un titre de maître en matière de pop britannique. Le cinquième album des quatre dandies est parfait de bout en bout, avec comme point d’orgue le fabuleux Waterloo Sunset, balade poétique menée sur le fil de la finesse, un autre symbole de la pop british dans ce qu’elle a de plus lumineux.
Les Who participent eux aussi au Summer Of Love avec Sell Out, mais leur année de gloire sera 1969 avec la sortie de leur opéra rock Tommy.

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Avec cette musique nouvelle vont les pochettes d’album, toujours plus originales, comme celle de Sgt Peppers par Peter Blake, un des peintres anglais les plus importants de cette période. Dans l’art pictural, on trouve des couleurs plus vives, plus chaudes, et des lignes courbes. En témoignent les multiples affiches de concerts.
Coté design, les artistes adoptent
la matière plastique, alors que de nouvelles techniques
cinématographiques apparaissent. Lors des concerts, des
artistes projettent des bandes vidéo aspergées
d’encre de couleurs, découpées, ou encore
superposées, en adéquation totale avec la musique.
Celle-ci est primordiale, et doit être choisie avec
goût, comme par exemple dans les courts métrages
de Ronald Nameth, voyageant aux Etats-Unis,
de New York à la Cote Ouest qui dans San Francisco,
utilise une version longue d’Interstelar overdrive de Pink
Floyd.
1967 est l’année de toutes les expérimentations sonores et picturales. La plupart des artistes présents lors du Swinging London sont maintenant des icônes, par leur créativité et parfois aussi par leur destin tragique, comme la descente aux enfers de Syd Barrett qui, mort l’été passé, a vécu trente ans dans l’ombre, tel un légume (comme beaucoup disent), chez sa mère à Cambridge. L’envers de cette année magique, ce sont les drogues, et les épisodes qui se sont produits derrière le rideau, mais qui sont eux bien souvent oubliés. Tant mieux.

Autres groupes:
The Small Faces
The Pretty Things

Nick Garrie - Hamilton
The Artwoods
The Hollies
Billy Nicholls
The Sorrows
The Creation

The Left Banke
The Smoke
The Action
The Primitives
David Jones












